A part lors de quelques évènements rares (éruptions volcaniques, tsunami, tremblements de terre), la nature n'expose pas l'oreille à des sons de fortes intensités. Notre oreille n'a donc pas eu à développer de système de protection contre les sons forts. Les oreilles n'ont pas de paupières! Ceci explique pourquoi notre système auditif est vulnérable vis à vis des sons à fortes intensités qui sont générés aujourd'hui dans l'industrie, les loisirs ou avec les musiques amplifiées.

 La capacité de notre oreille à écouter des sons de fortes intensités sans danger dépend de la durée de ces sons. Ainsi, l'Organisation Mondiale de la Santé définit des temps d'expositions sécuritaires en function de l'intensité sonore:

Durées limites d'exposition quotidiennes au bruit (à 1 mètre de la source)
Niveau sonore en dB(A)    Durée d'exposition maximale
85 8 h
88 4 h
91 2 h
94 1 h
97 30 min
100 15 min
103 7.5 min

On peut remarquer que la durée d'exposition permise diminue de moitié à chaque fois que le niveau augmente de 3 dB. Ceci est dû à la non-linéarité de l'échelle des dB. Au delà de 130 dB, on considère que les atteintes à l'oreille sont systématiquement dangereuses, même pour des expositions très courtes.

Un son mal mixé avec une mauvaise acoustique de salle est-il plus nocif pour les oreilles qu’un « bon son » ?

L’oreille ne réagit pas en fonction de la qualité du son, mais en fonction de la quantité de son donc d’énergie acoustique reçue. Ainsi, peu importe que le son soit mauvais ou excellent, les risques auditifs sont toujours les mêmes et les comportements à adopter identiques : port de protections auditives, s’éloigner des enceintes, période de repos auditif dans le calme. Il convient d’être d’autant plus alerte quand le son est bon car le plaisir associé à l’écoute diminue notre vigilance !

Il convient de différencier deux sortes de perte : la diminution temporaire des seuils d’audition et la perte neurosensorielle.

La première apparaît suite à une exposition à une forte intensité sonore, par exemple après un concert, une soirée en bar de nuit, une répétition avec son groupe de musique. Elle se traduit par une sensation de coton dans les oreilles et est liée à un déplacement temporaire de la chaîne ossiculaire dans l’oreille moyenne. En général, après quelques heures dans le calme, on retrouve son audition normale. Si la perte persiste au-delà de quelques heures, il faut consulter très rapidement un médecin spécialiste ORL.

La perte neurosensorielle, elle, est liée à la destruction des fameuses cellules ciliées ((les cochléocytes), dans l’oreille interne. Ces cellules ciliées nous permettent d’entendre, en transformant la vibration induite par le son, en influx nerveux qui va se rendre au cerveau. Elles sont au nombre de 15000 au début de notre vie, c’est notre capital auditif. Malheureusement, ces cellules ne se divisent pas, elles ne peuvent donc pas être remplacées lorsqu’elles sont abîmées ou détruites.

C’est précisément ce qui arrive lorsque nous nous exposons régulièrement à des niveaux sonores importants. La destruction de cellules ciliées a donc pour conséquence une perte d’audition, et cette perte est définitive. Nous ne sommes pas égaux face à ces risques, certaines personnes peuvent perdre de l’audition en quelques minutes lors d’une seule exposition alors que pour d’autres, cela prendra beaucoup plus de temps. Toutefois, les risques augmentent avec la durée de l’exposition, le niveau sonore et la fréquence de l’exposition.

Il est donc prudent pour un musicien, de suivre régulièrement son audition en passant un test auditif chez un médecin ORL, un audiologiste ou un audioprothésiste. Ce test, qui consiste à faire écouter des sons à différentes fréquences et intensités, permettra de dresser un bilan de votre audition, et de détecter une perte éventuelle. Il vous permettra ainsi de prendre les mesures nécessaires pour continuer à préserver votre audition ou éviter qu’une éventuelle perte ne s’aggrave.

Parlez-en avec votre audioprothésiste !

On appelle cela l'effet d'occlusion, il apparait dès que l'on bouche l'entrée du conduit auditif par des écouteurs ou des bouchons d'oreilles par exemple. L’entrée du conduit auditif est faite de cartilage, plus loin se trouve une région osseuse. En prolongeant vos protecteurs auditifs jusqu’à cette zone, la caisse de résonance formée par l’occlusion de la protection et du tympan sera réduite. De plus, les vibrations en basses fréquences pourront se dissiper à travers l’os temporal. Ainsi, la sensation d’oreille bouchée et l’autophonie (le fait de s’entendre parler) diminueront significativement.

Le filtre acoustique est la petite pièce ronde qui va être insérée dans l'embout personnalisé, fabriqué à partir de la prise d'empreinte de votre conduit auditif. Il va atténuer une partie de l'énergie sonore arrivant à l'entrée du conduit auditif.

Les filtres utilisés ont une courbe d'atténuation linéaire. C'est à dire qu'ils atténuent de la même façon les différentes fréquences de l'ensemble du spectre auditif.


Le son a la sortie du filtre sera le même que celui arrivant a l'entrée du conduit auditif, mais a un niveau moins fort (dont l'atténuation dépend de la puissance du filtre). La qualité d'écoute est donc la même mais a un niveau sonore qui ne présente plus de danger pour votre audition.

C’est un peu comme si vous pouviez baisser le volume de la pièce. Nous proposons des filtres atténuant de 9dB, 12dB, 15dB, et 25dB. Nous choisirons ensemble les filtres les mieux adaptés a votre pratique.

Photo de saxophones pour illustrer la pression sonore

Le décibel est l'unité de mesure des sons. Son échelle n'est pas linéaire, elle est logarithmique, sa manipulation n'est donc pas toujours très intuitive.

Voici quelques règles importantes:

  • On double l'énergie à la source sonore quand on augmente le son de seulement de 3 dB. Ainsi, deux saxophones jouant à 60 dB produiront un son de 63 dB et non 120 dB! Inversement, augmenter le son de 3dB (par exemple en discothèque) revient à multiplier par 2 l'énergie sonore; le temps d'écoute sécuritaire est alors diminué par 2.
  • On multiplie par 10 l'énergie à la source lorsque l'on augmente le son de 10 dB.
  • Lorsque l'on additionne 2 sources sonores d'intensités différentes, l'intensité résultante sera à peu près égale à celle de la source la plus forte. Dans notre exemple, un saxophone alto jouant à 60 dB et un saxo tenor jouant à 70 dB en même temps produisent un son resultant de 70 dB.
  • Le son diminue de 6 dB quand on double la distance par rapport à la source.

À ces quelques règles mathématiques, il faut ajouter le fonctionnement particulier de notre oreille et sa façon de percevoir les sons. C'est ce que l'on appelle la psychoacoustique.

D'une manière simplifiée, on peut dire que chaque fois que le niveau s'élève de 10 dB, on entend 2 fois plus fort! Ainsi un son de 100 dB est entendu 4 fois plus fort qu'un son de 80 dB.

Reference points on the decibel scale

  • 0   dB: Seuil d'audition normale
  • 65 dB: Niveau habituel d'une conversation
  • 80-85 dB: Limite inférieure du risque auditif 
  • 110 dB: Limite supérieure du risque auditif
  • 120 dB: Seuil de la douleur auditive.

Un groupe de rock va jouer entre 85 et 105 dB. Ces niveaux sonores présentent donc risque pour l'oreille interne. Ces risques augmentent à mesure que la durée d'exposition augmente. Par ailleurs, nous ne sommes pas égaux face aux traumatismes auditifs, certaines personnes y sont plus sensibles que d'autres. Ainsi, dans un band de musique: la même exposition aux sons forts n'aura pas forcément les mêmes conséquences sur les différentes personnes.

Les techniciens du son, comme les musiciens et tous les professionnels du spectacle, sont soumis presque quotidiennement à de forts niveaux sonores et leurs oreilles sont leurs principaux outils de travail!

Il est donc d’autant plus important d’en prendre soin et de les protéger de façon adaptée pour qu’elles restent performantes tout au long de votre vie. De plus en plus de professionnels du son utilisent aujourd’hui des protections personnalisées avec filtres acoustiques de 9 ou 15 dB.

Si certains reconnaissent ne pas les porter tout le temps, ils apprécient de les porter quand le mix est fait et que le son « roule ». Ces filtres atténuant toutes les fréquences de façon linéaire, ils vous procureront une bonne qualité d’écoute mais à un niveau moins fort, dépendamment du filtre porté.

Un peu comme si vous aviez un contrôle de volume à l’entrer de votre oreille ! Vous pouvez les retirer de temps à autre pour contrôler votre mix, mais, le plus vous les porterez, le plus vous soulagerez vos oreilles et préserverez votre capital auditif le plus longtemps possible.